COSTA BRAVA, LEBANON
Costa Brava, Lebanon
De la cinéaste, d’origine libanaise, Noumia AKl,
née à Lebanon aux Etats Unis (Lebanon doit son nom à la présence de nombreux cèdres du Liban).
Avec Nadine Labaki, Saleh Bakri.
Le titre renvoie à la plage de Beyrouth au Liban (Lebanon), surnommée ainsi en référence à la Costa Brava espagnole.
Mais quand on sait que cette plage est devenue en 2015 une vaste décharge pour la région, on soupçonne ce qui va advenir.
En effet, la famille a fui Beyrouth pour un lieu idyllique. Un refuge. Un havre paradisiaque jusqu’au moment où une décharge s’installe dans le terrain jouxtant la demeure familiale.
Un bouleversement.
Comme la société libanaise, la famille se fissure : chacun aspire à sa propre vie.
Le père et Rim campent sur leurs positions d’exil volontaire et radical dans une maison confortable, avec piscine, surplombant Beyrouth. En autarcie.
La mère nostalgique de sa vie antérieure de chanteuse, espère retrouver une place dans la société, jouer un rôle qui valorise son talent.
L’adolescente désire s’épanouir, s’éveiller à une vie amoureuse que cet Eden lui interdit. Le « paradis » ne permet pas sa sexualité.
La grand-mère veut vivre le moment présent, l’insouciance. Elle ne veut pas s’astreindre à des règles vertueuses pour le court restant de sa vie. Elle refuse le dogmatisme quand bien même il serait profitable à sa santé. Elle rejette la rigidité qui rejette la frivolité, la légèreté, les écarts.
La famille avait choisi l’évitement, la fuite, elle se retrouve dans la lutte frontale avec un adversaire puissant. Combat inégal. Elle devra choisir entre résistance et renoncement. La fuite signifiant cette fois le retour à Beyrouth, la désillusion. Un échec. La faillite de l’isolement.
Métaphore de l’abandon de ses idéaux ?
Métaphore d’une impossibilité à changer de planète ?
Le film nous parle de notre impuissance face à la pollution.
Les déchets de la ville illustrent la société de consommation mais également la société libanaise gangrénée par les pots de vin et l’argent. Un système politique incapable d’organiser, gérer et faire respecter l’équité indispensable à toute vie en collectivité. Des politiques qui favorisent les uns au détriment des autres, qui génèrent un climat d’injustice sociale.
Pollution morale et concrète. Corruption généralisée.
Dans les années 60 les artistes se sont saisis du thème des déchets, des matériaux de récupération (Kurt Schwitters et son fameux Mersbau), des objets usités et délaissés (la mariée de Niki Saint Phalle et la poubelle d’Arman) ou des rebuts comme les compressions de voitures de César. Autant de signes de la société de consommation.
…
La question est aussi présente en littérature (cf. le liseur du 6h 27de Jean-Paul Didierlaurent)
La sculpture « mégalomaniaque » à l’effigie du président libanais, de la scène d’ouverture, renvoie aux statues des pays totalitaires (cf. sculptures de Staline) … mais couchée et lacée elle devient une allégorie quasi comique, ironique et dérisoire du pouvoir, de sa déchéance.
Le long travelling de la caméra nous interpelle sur son sens.
Les huées des passants ne laissent pas de doute sur la contestation, la protestation du gouvernement en place. Elles annoncent la couleur du film.
Le déplacement de la statue de pierre, grossièrement sculptée, s’apparente à un convoi funèbre, symbole d’un Liban couché, ficelé, en déclin, loin de sa figure passée de Suisse du Moyen-Orient.
Nous découvrons également dans le générique une particularité : deux prénoms proches (Ceana et Geana) pour le rôle de Rim. Il s’agit des talentueuses jumelles Restom qui interprètent tour à tour le personnage, tantôt rêveur et introverti, tantôt agité et révolté.
Un film où la musique, la poésie et la beauté de la nature s’invitent dans la réalité et sa laideur.
Michèle Bartolini
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