La nuit du 12, film de Dominik Moll
La nuit du 12 est un thriller social qui annonce dès le départ l'absence de résolution et qui pourtant nous tient en haleine.
De Dominik Moll (on se souvient de Harry, un ami qui vous veut du bien)
Avec Bastien Bouillon, Bouli Lanners (qu’on a vu récemment dans L’ombre d’un mensonge), Anouk Grinberg, Mouna Soualem…
Tiré du livre de Pauline Guéna : « 18.3. Une année à la PJ ».
A partir d’un fait divers qui s’est réellement déroulé dans la nuit du 12 octobre 2016.
Dans la lignée d’un « L.627 » de Bertrand Tavernier qui relate le quotidien de la brigade des stupéfiants de Paris.
On pense au film « Zodiac » de David Fincher pour son caractère irrésolu (sans arrestation ni condamnation), dans cette quête de la vérité, dans cette recherche obsédante et frustrante du criminel impuni. On pense au meurtre de Laeticia, fait divers bien réel, et au travail de reconstitution des policiers décrit dans le livre d’Ivan Jablonka.
Dans « La nuit du 12 », à travers une enquête à la PJ de Grenoble sur le féminicide de Clara,Dominik Moll dénonce avec subtilité la dimension misogyne de notre société.
Misogynie universelle. Être tuée juste parce que femme.
L’horreur : « Ils auraient pu tous la tuer. »
Ce film dénonce le paradoxe des crimes commis essentiellement par des hommes puis pris en charge majoritairement par des hommes pour les résoudre.
Il expose les enjeux sociétaux majeurs de justice et de valeurs morales et dévoile les moyens et les conditions médiocres mis en place pour les affronter : « On combat le mal en rédigeant des rapports ». Impuissance et décalage de la réalité des policiers.
L’enquête tourne en rond, l’enquêteur tourne en rond dans sa tête, hanté par ce féminicide sordide et non solutionné. Il tourne en rond pour se défouler dans le vélodrome comme un hamster dans sa roue…
Comme l’inachevé dans l’art, le film explore l’absence de résolution, la non satisfaction, l’incomplet. On se souvient du « non finito » de Donnatello. Dimension qu’on retrouve aussi chez Michel-Ange ou Rodin…
https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2016_num_174_3_12841
https://portraitcameos.com/wp-content/uploads/2012/02/Rodin_Museum-Danaid_03.jpg
L’inachevé fait partie du monde. Le monde est toujours en devenir. L’inachevé pour parler du réel. Pour s’opposer au parfait qui est un idéal et non la réalité. Pour accentuer un aspect du réel. Les problèmes entre les hommes et les femmes.
L’irrésolution dans « La nuit du 12 » met en lumière les efforts humains face à l’inhumain, le crime et l’injustice.
Une œuvre forte et bouleversante.
A voir résolument.
Michèle Bartolini
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