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La dérive des continents (le sud)

La dérive des continents (le sud)

Poursuivez ici selon votre inspiration...

La dérive des continents (au sud)

De Lionel Baier

Avec Isabelle Carré, une fois encore remarquable.

A l’image de Gibellina, petite ville de Sicile, détruite par un tremblement de terre en 1968 et recrée par le grand sculpteur italien Alberto Burri (dans les années 80-90),

https://fr.wikipedia.org/wiki/Alberto_Burri

http://www.artnet.fr/artistes/alberto-burri/cretto-bianco-5X8KILKiD5yqXYmaGbQE3w2

il a fallu une détérioration totale des relations mère-fils pour que puisse naître une reconstruction, une redécouverte de sentiments sincères et réciproques.

Avec un geste artistique de démiurge, Burri transforme les ruines de la ville de Gibellina en un monumental sarcophage, un « Pompéi de ciment ».

« Il Cretto », se présente comme une cicatrice mémorielle mais également s’avère prémonitoire des opérations de bétonnage des centrales nucléaires, des réacteurs qui explosent (Fukushima, Tchernobyl) …

Cette œuvre de Burri n’est pas sans nous faire penser aux mastabas et à l’œuvre, débutée dans les années 70 et achevée récemment, de Michael Heiser aux USA (City)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mastaba

http://www.tripleaughtfoundation.org

On peut y voir des plaques tectoniques qui se séparent en continents, on peut y lire les divisions des pays qui constituent l’Europe, on peut imaginer une terre qui se craquelle et se creuse par la sécheresse…

L’émotion procurée par ce lieu désert, immaculé sous le soleil sicilien, favorise la prise de conscience, le sens de la vie, l’importance des liens familiaux.

Ce passage dans les ruelles « reconstituées » de Gibellina est symbolique d’un labyrinthe. On peut se perdre. On peut se retrouver.

La relation mère-fils va basculer. Un nouveau lien va se créer.

A l’instar des rapports familiaux difficiles, compliqués, la politique de l’Union européenne face aux migrants est dans une impasse. Lionel Baier, cinéaste suisse, poursuit après « Comme des voleurs (à l’est) » et « Les Grandes Ondes (à l’ouest) » sa quête sur les liens familiaux et l’identité, ce, en miroir avec la construction de l’Europe. On attend le quatrième volet de cette tétralogie (au Nord).

Le film nous parle de mise en scène :

- La mise en scène du camp de réfugiés pour la venue du président et de la chancelière. Il s’agit d’illustrer l’action des dirigeants. Il est donc nécessaire de de donner à voir un avant et un après.

- La mise en scène du cinéaste qui crée des conditions d’émotion pour parler du réel, de l’actualité, pour mettre en évidence une situation difficile en l’occurrence celle des migrants, et plus généralement la mise en scène du cinéma,

- La mise en scène également de l’artiste qui amplifie la ville figée,

- La mise en scène de la mère qui conduit son fils à Gibellina…

Tout est mise scène.

« La dérive des continents (au sud) » arrive à nous faire réfléchir sur un sujet douloureux, sans pathos. On rit même de l’absurdité de certaines situations, du ridicule de certains personnages brillamment caricaturés… le cinéaste excelle dans l’ironie et la causticité.

Le film aborde, par le biais du burlesque, l’engagement politique et personnel.

Il dépeint la difficile construction européenne au regard de la venue des migrants.

Alors, n’oublions pas que l’Europe et l’Afrique ne formaient qu’un seul continent. Que la Sicile est un lieu de brassage, de métissage. Plusieurs civilisations s’y sont déployées au fil du temps.

Parler du sujet des migrants à partir de la Sicile : une belle évidence !

Michèle Bartolini

AMUCS

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