L'ATTACHEMENT
LE FILM
L’attachement
Pour adapter le roman d’Alice Ferney, L’Intimité, Carine Tardieu a choisi de présenter avec beaucoup de tact, de délicatesse une chronique de la reconstruction affective de plusieurs personnages, récit ancré dans une sociologie actuelle, la famille recomposée.
SUR L’HISTOIRE :
Le film ne s’intitule pas comme le livre.
On peut s’interroger sur le pourquoi.
Au début il y a le détachement de Sandra, détachement affectif, sentimental qui se décline même dans sa relation sexuelle, programmée, voire purement hygiénique.
Sandra, indépendante, partage soudainement et malgré elle l’intimité de son voisin de palier et de ses deux enfants.
Contre toute attente, elle s’attache peu à peu à cette famille d’adoption.
A la fin il y a tissage de liens, il y a attachement.
Les critiques de presse relèvent les nombreuses qualités de ce film :
- « Ode à la solidarité »
- « Absolument bouleversant »
- Carine Tardieu signe un film « limpide qui restitue avec justesse la singularité des êtres et la complexité des relations humaines ».
SUR LA FORME :
- une progression du récit confiée aux dialogues,
- des dialogues bien écrits,
- une belle maîtrise d'écriture,
- une bande-son soigneusement composée, une musique d’un groupe des Balkans (« les yeux noirs ») qui donne une ambiance Europe de l’Est,
- des plans serrés attentifs, empathiques sans excès, sans lourdeur.
- des champs/contrechamps qui outre le rythme procuré, nous font participer de près au drame, le spectateur est en proximité avec les protagonistes, il ne peut se détacher, …
- une caméra portée, assez stable, et suffisamment souple pour accompagner l’imprévu et capter les regards, les expressions intériorisées… la caméra est attachée aux personnages en accord, raccord avec le titre.
- une mise en scène sobre,
- l’engagement et la générosité de ses interprètes,
- la justesse du casting, qui va chercher une poignée d’acteurs habitués au surrégime, d’ordinaire éruptifs, ici astreints au contre-emploi, tout en retenue, tenus à l’élégance des sentiments. Ici la sobriété, la simplicité, la sérénité de leurs jeux fait lentement émerger une vérité touchante sur la vie quotidienne et les relations humaines.
C’est un film dans la tradition du film français, intimiste, introspectif, pensé, précis.
Jamais programmatique, L’Attachement se révèle un film aussi intéressant, riche et bouleversant dans ce qui s’y dit que dans ce qui s’y tait.
SUR LES SUJETS ABORDES :
Nombreuses thématiques développées à l'écran : le célibat, la solitude, la culpabilité, la mort brutale et le deuil, la réalité du risque vital des femmes lors de l’accouchement et une forme de féminisme, l'absence d'un parent, les liens qui ne sont pas forcément du sang, la famille, la famille recomposée, la paternité, la solidarité, la reconstruction...
Maxime Le forestier chantait en 1987 « On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille… » Carine Tardieu nous parle aussi de choix de ne pas faire famille, de ne pas faire d’enfant et au contraire du désir d’enfant, de faire famille.
La problématique du choix de vie s’inscrit aussi dans la philosophie actuelle du développement personnel, les femmes ne sont plus contraintes au mariage, elles se détachent depuis le siècle dernier, du moins pour certaines, de l’autorité du père et du prêtre (Boris Cylrunick cf. Quand on tombe amoureux on se relève attaché).
Boris Cylrunic, dans cet ouvrage, aborde la question de l’amour et de l’attachement :
« L’histoire d’amour est un conte de fées sentimental qui, en bouleversant notre monde intime, crée une période sensible où nous devenons avides de ce qui vient de l’Autre… L’amour nous pousse à la proximité fusionnelle…
En nous dégageant de l’emprise amoureuse, nous nous engageons dans le tricotage d’un lien qui nous renforce et nous rend capable s de tenter l’autonomie psychique et l’aventure sociale. C’est un couple de forces opposées qui harmonise l’attachement. La proximité affective et non pas amoureuse, m’a donné la force de ne plus être prisonnier et, j’ai confiance en notre attachement, je peux m’en échapper sans angoisse car je sais que je peux compter sur elle. (confiance dans l’attachement) »
«…au XIXème siècle le mot amour a signifié liberté pour les femmes qui en gagnant leur vie comme ouvrières, échappaient à la loi des pères et des prêtres.
Le mot amour a été adoré pendant 2 siècles. (cf. auparavant le mot amour désigne la passion, folie, déraison par ex s’oppose aux combats glorieux)…
Aujourd’hui dans une culture qui valorise le développement personnel, le mot amour prend à nouveau la signification d’une entrave.
Vive le lien léger qui n’engage le sujet que sur le temps d’une brève rencontre, dans une amitié sexuelle qui n’est pas aliénante et participe à l’épanouissement personnel.
Dans une culture où la technique rend possible le développement personnel, un lien léger est valorisé. »
On ne peint plus des vierges à l’enfant Jésus, la femme échappe à la maternité. On peint en 1840 la liberté guidant le peuple (Delacroix).
C’est au XXème siècle que le mot attachement apparaît.
L’attachement nous libère au contraire puisque dès que notre objet d’attachement nous a sécurisés, la force qu’il a imprégnée dans notre cerveau nous donne accès à l’autonomie : je peux m’éloigner d’elle puisque, en me donnant confiance en moi, j’ai acquis grâce à elle le plaisir d’explorer sachant qu’en cas de stress, je pourrais à nouveau me réfugier, me blottir contre elle »
Attachement implique la proximité et sécurité et la possibilité de s’éloigner en toute confiance.
Quelques QUESTIONNEMENTS :
Pourquoi cette différence de titre entre le livre et le film ? (axe choisi par la cinéaste ?)
Quel parti pris dans le film ? Le centrage sur le personnage de de Sandra reflète-t-il un portrait de femmes actuelles ? affirme-t-il un certain féminisme ?
En 2025 choisit-on sa famille ?
Quelle différence entre amour et attachement ? (cf.les propos de Boris Cyrulnic)
Proximité et éloignement : pourquoi Sandra déménage-t-elle ? (pour que leur relation ne soit plus de l’opportunité mais un choix ?)
…
Michèle Bartolini
AMUCS
CARINE TARDIEU (Sur Wikipédia) :
née le 22 septembre 1973 à Paris 12e, est une scénariste, réalisatrice et écrivaine française Carine Tardieu étudie le cinéma[2] à l'École supérieure de réalisation audiovisuelle à Paris.
Entre 2002 et 2004, elle réalise deux courts métrages plusieurs fois primés, Les Baisers des autres (2003), puis L'Aîné de mes soucis qui remporte le prix du public au festival de Clermont-Ferrand.
Elle réalise son premier long métrage, La Tête de maman, coécrit avec Michel Leclerc[3],[2] avec Karin Viard et Kad Merad
Pour son deuxième long métrage, elle adapte le roman Du vent dans mes mollets avec son auteure, Raphaële Moussafir. Sorti en 2012, avec Agnès Jaoui, Isabelle Carré et Denis Podalydes
Ôtez-moi d'un doute[4], coécrit avec Raphaële Moussafir et Michel Leclerc, est sorti en France en 2017[5]avec Cécile de France et François Damiens.
En 2022, elle sort un nouveau long-métrage, Les Jeunes Amants, d’après une histoire vraie et consacré à une relation amoureuse entre une femme septuagénaire, incarnée à l'écran par Fanny Ardant, et un amant beaucoup plus jeune, incarné par Melvil Poupaud[6].
Enfin en 2024 : L'Attachement présenté en compétition à la Mostra de Venise
Pour la télévision elle est scénariste
• 2004 : Famille d'accueil (série télévisée), épisode Un long silence
• 2005 : Famille d'accueil (série télévisée), épisode La Grande Fille
Romans : Carine Tardieu signe également des romans pour la jeunesse, publiés chez Actes Sud Junior où elle inaugure en 2003 la collection ciné-roman avec l'adaptation de son court-métrage Les Baisers des autres[2], L’ainé de mes soucis (2005), Je ne suis pas sœur Emmanuelle (2009), La tête de Maman, scénario du film du même nom (2013), Des poules et des gâteaux (2010) (illustrations)